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Tuesday, March 25, 2014



La cigarette


 Oui, ce monde est bien plat ; quant à l’autre, sornettes.Moi, je vais résigné, sans espoir, à mon sort,
Et pour tuer le temps, en attendant la mort,Je fume au nez des dieux de fines cigarettes.Allez, vivants, luttez, pauvres futurs squelettes.
Moi, le méandre bleu qui vers le ciel se tordMe plonge en une extase infinie et m’endortComme aux parfums mourants de mille cassolettes.Et j’entre au paradis, fleuri de rêves clairs
Ou l’on voit se mêler en valses fantastiquesDes éléphants en rut à des choeurs de moustiques.Et puis, quand je m’éveille en songeant à mes vers,
Je contemple, le coeur plein d’une douce joie,Mon cher pouce rôti comme une cuisse d’oie.


Jules Laforgue


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